Tourisme aux Comores: entre renaissance et défis

 

L’archipel des Comores, longtemps resté en marge des circuits touristiques internationaux, hésite encore entre ambitions et vrais défis. Si des petites initiatives individuelles ont fait évoluer l’offre hôtelière en faveur d’une clientèle locale et de la diaspora, la grande politique nationale de tourisme durable, axée sur le développement de son secteur hôtelier pour une clientèle internationale en quête d’authenticité et de nature préservée, reste une chimère.

Une offre hôtelière en pleine mutation

En 2019, l’archipel comptait environ 45 000 visiteurs étrangers, générant près de 31 milliards de francs comoriens de recettes touristiques, soit environ 6 % du PIB national. Cependant, l’offre hôtelière restait limitée, avec seulement 472 lits disponibles, bien en deçà des standards régionaux . Cette situation a conduit les autorités à placer le secteur touristique au cœur de leurs priorités de développement.

Des projets ambitieux ont vu le jour pour moderniser et diversifier l’hébergement touristique. Parmi les initiatives notables, la reconstruction de l’hôtel Galawa, fleuron de l’hôtellerie comorienne dans les années 1990, est en cours. Ce projet, porté par le groupe égyptien Elsewedy Electric, vise à créer un complexe hôtelier cinq étoiles respectueux de l’environnement, en partenariat avec Marriott International(voir à ce sujet l’article Le Monde.fr ).

Parallèlement, des établissements tels que le Golden Tulip Grande Comore Resort & Spa et l’Itsandra Beach Hotel ont été rénovés pour offrir des services de qualité aux visiteurs. Ces investissements témoignent de la volonté de l’État et des acteurs privés de renforcer l’attractivité de l’archipel.

Une ambition affichée de tourisme durable

Conscients des enjeux environnementaux, les Comores misent sur un tourisme durable et responsable. Le pays a accueilli en 2022 les 8e Assises Internationales du Tourisme Responsable et Durable, soulignant son engagement en faveur de la préservation de son patrimoine naturel.

Des projets d’écotourisme se développent, notamment autour du parc marin de Mohéli, premier parc marin de l’archipel, qui protège une biodiversité exceptionnelle, dont des tortues marines et le cœlacanthe, un poisson préhistorique. Ces initiatives visent à concilier développement économique et conservation de l’environnement, tout en impliquant les communautés locales dans la gestion des ressources naturelles.

Des défis à relever

Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. L’archipel souffre d’un manque d’infrastructures de transport, d’une connectivité aérienne limitée et d’une formation insuffisante dans les métiers du tourisme. L’accueil aéroportuaire fait partie de ces défis. Malgré la récente privatisation de l’aéroport international Principe Saïd Ibrahim, les capacités d’accueil et de services de celui-ci restent encore un des nombreux défis à relever pour la mise en œuvre d’une politique globale de tourisme. Les terribles conditions d’accueil des comoriens et comoriennes de la diaspora durant cette haute saison illustrent bien cette nécessité.

Difficile reconstruction de l’hôtel Galawa: Symptôme d’une ambition toujours contrariée.

Le projet de reconstruction de l’hôtel Galawa, fleuron du tourisme comorien des années 1990, incarne les aspirations économiques des Comores. Cependant, ce chantier, entamé en 2023, a été marqué par des retards notables, mettant en lumière les défis structurels du pays.
Annoncé en 2017, le projet a connu plusieurs reports. La société émiratie Armada Holding, initialement chargée de la construction, a vu son contrat suspendu en raison de retards accumulés. En 2021, le gouvernement a confié le projet à la société égyptienne Elsewedy Electric, avec des travaux devant débuter le 9 mai 2022 et une durée estimée de 18 mois.

En janvier 2023, le chantier était en phase de construction de la structure principale, avec plusieurs bâtiments déjà érigés. Le ministre de l’Aménagement du territoire a exprimé sa satisfaction quant à la qualité des travaux réalisés .

Retards persistants

Malgré les efforts déployés, le projet a pris du retard. Initialement prévu pour être opérationnel fin 2024 ou début 2025, l’hôtel n’a pas encore ouvert ses portes. Les raisons de ces retards incluent des défis logistiques, des contraintes budgétaires et des difficultés techniques propres au contexte insulaire.

Enjeux économiques et financiers

Le financement du projet a également posé un problème. Un prêt non concessionnel à court terme a été contracté pour renforcer le secteur du tourisme en finançant la construction de l’hôtel Galawa. Selon un rapport du 21 avril 2025 de la Banque mondiale, ce prêt a cependant entraîné un conflit majeur entre la politique macroéconomique et la gestion de la dette, une mauvaise coordination des entités en charge des contrats de dette et une plus grande opacité de la dette publique.

Infrastructures routières : un soutien nécessaire

Parallèlement, des efforts ont été faits pour améliorer l’accès au site. La route Hahaya-Galawa, reliant l’aéroport de Moroni au site de l’hôtel, a été réhabilitée par la China Geo-engineering Corporation, facilitant ainsi l’accès au chantier.

La reprise du chantier du Galawa est perçue comme un levier pour le développement du tourisme aux Comores. Le gouvernement vise à atteindre une capacité d’accueil de 5 000 lits d’ici 2030, en diversifiant l’offre hôtelière et en développant de nouveaux types d’hébergement .

Cependant, pour que ce projet atteigne son plein potentiel, il est essentiel de surmonter les défis liés aux infrastructures, à la gestion financière et à la coordination des acteurs impliqués. La réussite du Galawa pourrait servir de modèle pour d’autres projets d’envergure dans l’archipel.

De plus, la concurrence régionale, notamment avec les Seychelles et l’île Maurice, impose aux Comores de se démarquer par une offre unique, axée sur l’authenticité, la culture locale et la préservation de l’environnement.

Perspectives d’avenir

L’objectif affiché des autorités est d’atteindre une capacité d’accueil de 5 000 lits d’ici à 2030, en diversifiant l’offre hôtelière et en développant de nouveaux types d’hébergement, tels que des écolodges et des maisons d’hôtes. Le secteur touristique, en pleine mutation, pourrait devenir un moteur essentiel de l’économie comorienne, à condition de surmonter les défis structurels et de maintenir un équilibre entre développement et durabilité.

H. M.

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